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Fanny B.
Je m'appelle Fanny, j'ai décidé de témoigner dans le cadre de l'association car j'ai
failli être entraînée dans des pratiques de coaching douteuses au sein de mon
club de sport (loisirs).
Un jour, Marine, une de mes encadrantes, m'a proposé de venir boire un café. Elle
m'a parlé de son nouveau projet. Fraîchement divorcée, elle a décidé de se
remettre à travailler. Elle a choisi de se mettre dans le coaching en développement
personnel. Elle me dit qu'elle suit une formation conduisant à une certification.
Puis, on a parlé de moi.
Je me suis fait de nombreuses entorses à la cheville droite et j'ai du être opérée de
la vésicule. C'est là que Marine a commencé à me dire qu'un travail devait être
fait, que le côté droit de mon corps m'a posé problème et nécessite un travail de
développement personnel pour comprendre la source de ces douleurs. Je lui
rétorque qu'à force de faire des entorses forcément ma cheville est fragilisée et
que j'avais eu un calcul à la vésicule. Tout ce qu'il y a de plus scientifique. Je
refuse donc la séance gratuite qu’elle me propose sur les « problèmes de mon
côté droit ».
Environ un mois plus tard, je demande à Marine des nouvelles de son projet. Elle
me donne alors son compte Instagram et elle m'indique qu'elle a été interviewée.
Je constate que l'intervieweuse n'est autre que la personne chez qui Marine a
choisi d'avoir sa certification. Je remarque que l'intervieweuse est très
charismatique et convaincante. Au cours de l’interview Marine explique qu'elle a
fait la connaissance de cette formatrice par l'intermédiaire d'une tierce personne
et qu'elle avait été attirée par son charisme (et j’en déduis que ce n’est pas par
ses compétences). Puis l'interview glisse dans le rapport au divin et met en avant
que la mission de Marine était d'accompagner des personnes vers « l’être soi »
que Dieu attend de chacun. J'ai retrouvé d'autres vidéos YouTube de
l'intervieweuse qui sont sans équivoque dans le cadre de dérives sectaires.
Marine ne me fera aucune séance car j’ai compris
- que sa formation était « bidon »
- qu’elle s’était fait piéger par une personne charismatique qui avait su la
charmer
- qu’elle essayait de m’attirer vers des pratiques non scientifiques et à
connotation religieuse.
(Prénoms d’emprunt)
Camille C.
Les PNCAVT connaissent un essor considérable en France. Si certaines s'intègrent de façon complémentaire au parcours de soin, d'autres peuvent s'inscrire dans des logiques d'emprise mentale et de rejet de la médecine conventionnelle (SG-CIPDR & MIVILUDES, 2021): Plus de 4OO PNCAVT existantes en France, 4 français·e·s sur 10 y ont recours (dont 60% des malades du cancer), 412 saisines de la MIVILUDES pour la médecine complémentaire et alternative : 1er domaine de saisine actuel.
François F.
Une vulnérabilité initiale comme facteur déterminant de la manipulation mentale ?

Dans des contextes thérapeutiques, spirituels, conjugaux, professionnels ou idéologiques, nombreuses sont les victimes témoins de phénomènes d'emprise qui évoquent l'existence d'une vulnérabilité première. Celle-ci apparaît souvent dans les récits rétrospectifs comme la condition ayant favorisé l'entrée dans la relation
Les personnes concernées mentionnent fréquemment une période de deuil, une rupture, un isolement, une maladie, un épuisement professionnel, une quête spirituelle ou encore un sentiment diffus d'insatisfaction existentielle. Ces éléments sont en effet des terrains favorables à la rencontre avec un groupe ou une figure d'autorité aux réponses séduisantes.

Toutefois, ce discours mérite d'être nuancé. Réduire l'emprise à la seule existence d'une vulnérabilité préalable risque de produire une lecture simplificatrice du phénomène. Cette approche laisserait entendre que certaines personnes seraient, par nature, davantage prédisposées à l'emprise, là où les recherches montrent au contraire que ces mécanismes peuvent affecter des individus aux profils extrêmement variés.

Mais avant même d'interroger ce lien, encore faut-il rappeler ce que recouvre la vulnérabilité, ou plutôt les vulnérabilités. Celles-ci restent difficiles à définir de manière univoque. Elle revêtent des formes multiples : psychiques, économiques, culturelles ou encore relationnelles. Elle peuvent être durables ou passagères, visibles ou imperceptibles. Cette difficulté dans leur identification et leur reconnaissance se retrouve d'ailleurs dans le champ juridique. En droit français, la vulnérabilité n'est pas une notion juridique autonome en raison de son caractère protéiforme et contextuel.

Aussi, la vulnérabilité n'est pas un état marginal n'affectant que certains individus. Toute personne traverse des périodes d'incertitude, de transition, de solitude ou de remise en question. Plus encore, les mécanismes d'emprise ne se développent pas principalement en exploitant un terrain pathologique. Ils mobilisent des aspirations humaines. Les groupes à dérive sectaire, les leaders charismatiques et les figures manipulatrices proposent des réponses à des besoins : une quête de sens, un besoin d'appartenance, d'accueil inconditionnel, un désir de reconnaissance, une aspiration au bonheur, à la santé ou à une structure.

Une étude internationale publiée en 2022 à partir d'enquêtes menées dans quinze pays auprès de 100 parents et proches de membres de groupes dits « abusifs sur le plan psychologique » suggère que les vulnérabilités observées sont majoritairement șituationnelles. Elle rappelle ainsi la grande diversité des profils concernés .
(Travaux de Alvaro CASTANO, Jocelyn BELANGER et Manuel MOYANO : « Les résultats révèlent l'importance [...] des facteurs de vulnérabilité [...] : facteurs situationnels majoritaires dans 61% des cas [...]; facteurs personnels minoritaires dans 46% des cas [...] II est particulièrement difficile pour la Miviludes de dresser le portrait type des personnes susceptibles d'être considérées comme "victimes" de dérives sectaires. Les signalements font état de cas de figure extrêmement variés. » (CASTANO Alvaro, BELANGER Jocelyn, MOYANO Manuel, Cult conversion from the perspective of families : implications for prevention and psychological intervention. Psychology of Religion and Spirituality, 2022).

La vulnérabilité ne doit donc pas uniquement être envisagée comme un état préalable expliquant l'emprise. Elle peut tout autant être produite par la relation.
Certaines victimes ne correspondent plus, après plusieurs mois ou plusieurs années dans une relation absuive, au portrait initial que leur entourage avait d'elles. Des individus auparavant autonomes, intégrés, dotés d'un esprit critique, peuvent perdre leurs repères, modifier leur langage, rompre avec leurs proches, adopter des croyances qu'ils auraient auparavant jugé absurdes ou accepter des comportements contraires à leurs convictions les plus vives.

L'exemple de Patricia Hearst, plus connue sous le nom de Patty Hearst, illustre cette idée. Héritière d'une puissante famille américaine, elle fut enlevée en 1974 par la Symbionese Liberation Army, un groupe révolutionnaire marginal. Quelques semaines après son enlèvement, elle apparut publiquement aux côtés de ses ravisseurs et participa à des actions criminelles. L'affaire provoqua la sidération aux Etats-Unis tant cette transformation semblait incompréhensible au regard de son profil. Les analyses ultérieures ont montré l'importance des mécanismes de contrainte, d'isolement, de dépendance dans son évolution.

Dans une toute autre perspective, une vulnérabilité flagrante peut parfois freiner l'installation durable d'une emprise. Lorsqu'une personne connait une épreuve ou lorsqu'elle bénéficie d'un entourage attentif, ces problématiques sont soulevées plus rapidement. À contrario, des individus confiants dans leur capacité de discernement peuvent sous-estimer la puissance des mécanismes d'influence. Persuadés qu'ils ne pourraient jamais en être victimes, ils identifient parfois plus tardivement les signes d'une manipulation.

Ainsi, les vulnérabilités ne doivent pas être pensées comme conditions uniques, mais comme des facteurs parmi d'autres susceptibles d'interagir dans la construction d'une relation d'emprise. Celle-ci se développe rarement de manière brutale. Elle s'installe le plus souvent par étapes, à travers des processus d'engagement progressif, de redéfinition des repères et de transformation des liens sociaux.

Il ne s'agit plus seulement de se demander « qui est vulnérable ? » mais « comment produit-on des vulnérabilités ? »

Cela permet d'éviter deux écueils. Le premier consisterait à stigmatiser les personnes concernées en les réduisant à des difficultés identifiables ; le second serait de sous-estimer la puissance des mécanismes d'influence à affecter des sujets aux profils multiples. Les phénomènes d'emprise rappellent au contraire une réalité : la vulnérabilité n'est pas l'exception, mais une condition susceptible, en certaines circonstances, d'être exploitée, amplifiée ou produite.
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